Les Rencontres à l’Echelle, de Marseille à la place Tahrir

Fort d’une cinquième édition trans-méditerranéenne, les Rencontres à l’échelle continuent d’élargir leurs frontières pour un nouveau rendez-vous inévitablement marqué par le Printemps arabe.

Porté par les Bancs Publics, le festival marseillais des Rencontres à l’échelle se déploie depuis deux ans hors des murs de la cité phocéenne pour inviter, auprès des talents régionaux, des artistes venus de l’autre côté de la méditerranée. Lors de sa 4e édition, les Bancs Publics ont profité des liens tissés avec des personnalités rencontrées en Algérie au cours des années précédentes pour élargir les horizons des Rencontres à l’échelle et l’inscrire en plein cœur de cette histoire douloureuse qui a façonné les relations entre la France et son ancienne colonie. L’année suivante, les artistes algériens ont été accompagnés par leurs voisins égyptiens, syriens, libanais et comoriens pour une cinquième édition résolument élargie aux pourtours méditerranéens. L’idée n’était pas de faire la part belle aux convergences, mais plutôt aux dissonances, à cette tension dans les relations Nord-Sud et au sein même de ces pays arabes encore en proie aux régimes politiques dictatoriaux. Quelques mois avant l’éclosion du Printemps arabe, les Rencontres à l’échelle en ont constitué un formidable prélude. Et comptent bien maintenant amorcer témoignages et réflexions. Alors que les nouveaux régimes démocratiques arabes n’en sont qu’à leurs balbutiements, il y a plus que nécessité d’entendre ces artistes précurseurs de la révolte populaire.

Fidèle à ses champs d’actions pluridisciplinaires, le festival mêle cette année encore écriture, arts visuels, danse, lectures, arts plastiques et cinéma. Le plasticien Mehdi Meddaci ouvre la programmation avec Ce qui est perdu – un cycle méditerranéen, composé de trois installations vidéos sonores – MursLancer une pierre et Alger la Blanche -, de photographies et du film Tenir les murs. Des œuvres qui poursuivent son parcours initié en 2008 avec Corps Traversés et toutes empruntes de questionnements sur l’emprise du temps et du corps inadéquat à son environnement.

De son côté, la réalisatrice Emmanuelle Demoris présentera Mafrouza (voir à ce sujet l’article paru dans Mouvement n°59), un documentaire de douze heures, fruit d’un travail de dix années dont deux passées auprès d’un échantillon d’habitants du bidonville de Mafrouza, en Egypte, près d’Alexandrie. Quelques mois avant le renversement du régime de Moubarak, où peut y voir l’énergie, le courage et la résistance déjà présents chez ces habitants pour faire de leur quartier un espace de liberté.

Le cinéma n’est pas en reste, et l’Egypte n’est pas loin non plus dans ce domaine. Short films from Alexandria rassemble des moyens et courts métrages issus du cinéma indépendant alexandrin, tous également réalisés avant la disparition du régime dictatorial. De quoi en dire long sur un mouvement qui a pris racine bien avant l’éclatement des premières émeutes, tout en mettant en lumière l’histoire d’un certain cinéma national, détaché de toute influence politique et idéologique.

Un cinéma qui fait écho au théâtre indépendant égyptien, représenté aussi aux Rencontres à l’échelle avec On the Importance of Being Arab d’Ahmed el Attar, fondateur et directeur artistique de la compagnie du Temple en Egypte. Une performance plus personnelle ici, où el Attar s’inspire de ses propres « données de la vie » : lettres d’amour, carnets scolaires, diplômes universitaires, programmes de spectacles…accompagnées de conversations téléphoniques et séquences vidéo.

Ahmed El Attar sera en outre parmi les cinq autres artistes de la scène contemporaine indépendante égyptienne et algérienne conviés à Meetic.med, un ensemble de rencontres organisées par les Bancs Publics et « Pour la Ville, Pensons le matin » à l’occasion des Rencontres à l’échelle.

Résolument tournée vers l’Egypte, l’édition 2011 du festival a fait sienne pour l’occasion ce qui est devenu le slogan de toute une génération de l’autre côté de la méditerranée :« Ana Fil Midan. » Traduction : « Je suis dans la place. » Tel était le message que s’envoyaient par SMS les manifestants depuis la Place Tahrir au Caire, point névralgique de la contestation populaire l’hiver dernier. Meetic.med confrontera les expériences artistiques de chacun à travers le prisme du bouleversement politique du monde arabe, toujours dans le but de créer un geste commun entre les artistes et favoriser les collaborations.

Elodie Corvée sur Mouvement.net http://www.mouvement.net/levrac-220244-les-rencontres-a-lechelle-de-marseille-a-la-place-tahrir

Les Rencontres à l’échelle, du 5 novembre au 3 décembre 2011, Marseille

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