Crowdfunding et journalisme, un mariage de raison

Un nouveau mot est venu s’ajouter au champ lexical du journalisme : le crowdfunding. Comprenez « le financement par la foule ». Ou comment le public est maintenant amené à financer lui-même les reportages qu’il aimerait voir publiés.

La tirelire 2.0 (Copyright : lemarketingenligne.com)

On a tous déjà apporté notre petite contribution pour financer le pot de départ d’un collègue. Quelques euros qui, ajoutés à d’autres pièces jaunes, forment au final une coquette somme. Un principe simple que les anglo-saxons appellent « crowdfunding » et qui peut se décliner dans plusieurs domaines : musical, caritatif, entrepreneurial etc. Avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, ce type de financement a évidemment pris de l’ampleur. De nombreux sites se sont développés, tels Kickstarter ou MyMajorCompany, offrant une visibilité aux projets en manque de financement et des transactions bancaires sécurisées.

Depuis deux ans, le journalisme s’associe au crowdfunding. Crise du secteur oblige, les médias se doivent de trouver de nouveaux modèles économiques. La gratuité de l’information, dont Internet est largement coupable, ne permet plus aux journalistes de faire des enquêtes approfondies, au long court, car trop couteuses. L’information se faisant de plus en plus rapide, les médias ne consacrent plus qu’une faible part de leur budget au journalisme d’investigation.

Tel un pied de nez aux maux qu’a pu apporter la toile au journalisme, ce sont sur des sites tels que Spot.us aux Etats-Unis ou Kisskissbankbank en France que le journalisme trouve une sérieuse alternative de financement. Comme souvent, les Américains sont pionniers en la matière. Le premier journaliste connu à avoir expérimenter le crowdfunding est l’américain Chris Albritton pour un reportage en Iraq en 2003. Plus tard, le site Spot.us a fait son apparition, où des journalistes indépendants présentent leurs idées de reportages et invitent les internautes à le financer par leurs dons. Une contribution qui va de quelques centimes à plusieurs milliers de dollars. Succès garanti. En juillet 2011, 200 projets avaient été financés, avec l’aide de 7000 contributeurs, 2000 d’entre eux ayant donnés plus d’une fois, et 350 régulièrement.

Des motivations différentes

En France, le modèle se développe dès juin 2010, notamment avec les webdocumentaires, via Kisskissbankbank, un site qui héberge des projets de « création ». Le grand reporter Emmanuel Razavi et le photo-journaliste Alain Buu se sont associés pour réaliser un reportage multimédia de deux semaines à travers l’Espagne en crise. N’ayant « pas un rond » mais souhaitant « renouer avec leur métier de journalistes et prendre du temps » ils se sont lancés dans l’aventure. Leur projet a rempli son objectif – 6000 euros – quelques jours avant la clôture des dons. Ce sont eux qui ont fixé le prix à atteindre, et, pour convaincre les potentiels donateurs, ils ont présentés en détails leurs projets et leurs parcours respectifs en tant que journalistes, à l’image des pigistes tentant de vendre leurs sujets à des rédactions. Le public prend dès lors la place du rédacteur en chef. « Une des personnes qui nous a financé à hauteur de 1000 euros nous contacte régulièrement pour nous poser des questions sur notre reportage » note Emmanuel Razavi, pour qui le crowdfunding est une « façon de rétablir le lien » avec le public.

Pour Tanja Aitamurtojournaliste finlandaise et chercheuse invitée à l’Université de Stanford qui a étudié le modèle du crowdfunding sur le site Spot.us, le don des internautes crée en effet un « lien fort » entre eux, à la fois source de motivation et de gratification. Et donc générateur d’un plus grand « sens de responsabilité ». « Les journalistes perçoivent les donateurs comme des investisseurs qu’ils ne peuvent pas laisser tomber ».

Tandis que pour les internautes, faire un don s’assimile à l’acte de voter « En faisant un don à un projet, le donateur vote pour une histoire qu’il ou elle veut voir publier. ». Mais la participation active du donateur pour la suite du reportage reste rare. « Le donateur commente rarement ni ne s’engage dans d’autre sorte d’interaction avec le projet. Certains ne sont même pas retournés sur le site pour lire l’article terminé. ». Car ce n’est pas tant le lien avec les journalistes qui est recherché par les donateurs que le sentiment de « participer au bien commun et à l’évolution sociale ». « Ils voient le journalisme, notamment le reportage d’investigation, comme un élément essentiel de la bonne santé de la démocratie. Ils veulent que les histoires aient un impact sur la société ».

Quid du modèle économique

Par conséquence, le crowdfunding amène les journalistes à penser différemment leur façon de travailler. Ils doivent désormais prendre en considération tous les aspects financiers de leur travail. «Traditionnellement, le journaliste se concentre sur le processus journalistique : trouver des sources, réunir des informations, écrire l’histoire. Il n’a pas besoin de se soucier de la façon dont va être vendue l’histoire. C’est le rôle du département financier du journal qui s’occupe de cela ». Ce qui rend mal à l’aise certains. L’une des journalistes interviewés par Tanja pour son étude a l’impression de « quémander », comme si elle « secouait une tirelire pour attirer la monnaie des passants ».

Pour Emmanuel Razavi, on ne peut cependant pas passer à côté de ce mode de financement. « On a voulu faire le test » explique t-il. « On veut savoir si ce modèle est viable. Internet a fait évoluer le marché, et on maîtrise encore mal son modèle économique ». Mais il a le sentiment que le crowdfunding n’est pas « une fin en soi ». « On est à la croisée des chemins, c’est une étape intermédiaire ». Une étape intermédiaire vers un financement plus viable, qui ne les obligerait pas à sortir un centime de leur poche. Les 6000 euros collectés sur Kisskissbankbank ne leur permettront que de financer la moitié de leur reportage. « En télévision, ce genre de reportage d’une vingtaine de minutes demanderait entre 35 000 et 40 000 euros ». Des sommes encore loin des capacités que peuvent offrir le crowdfunding.

Le crowdfunding n’est pas non plus la solution pour régler la crise de presse écrite explique Jean-Marie Charon, sociologue spécialiste des médias. « Il faut placer le crowdfunding dans des projets éditoriaux particuliers pour que ça marche » Ce qui n’est pas le cas des nouveaux venus français, Jaimelinfo et Glipfix, trop généralistes, et qui ont encore beaucoup de mal à décoller. « L’équipe de Jaimelinfo sont partis avec plein d’enthousiasme, mais sans moyen de pédagogie. » Ce genre de rapport à l’information n’est pas dans nos habitudes françaises, contrairement aux Etats-Unis où « le don comme mécanisme financier du journalisme a une forte tradition, et a été utilisé depuis des décennies, comme par exemple avec la Radio Publique Nationale. »* explique Tanja Aitamurto dans son étude. Pour que le crowdfunding se révèle un mode de financement viable, il faut pouvoir le crédibiliser, et cela passe par « un travail d’éducation » du public français analyse Jean-Marie Charon. « Mais même en France, le crowdfunding a de l’avenir », rétorque Tanja Aitamurto. « La culture est en train de changer grâce aux nouvelles générations. Ca prendra juste plus de temps et ce sera plus difficile. »

Une option parmi d’autres

Cependant, aux Etats-Unis comme en France ou tout autre pays, le crowdfunding ne peut au mieux que représenter un complément financier « Les journalistes interviewés voient Spot.us comme une source de revenu parmi d’autres. Ils ne pensent pas pouvoir gagner leur vie simplement en vendant leurs histoires sur Spot.us car les dons s’accumulent lentement, et les donateurs ne sont pas assez nombreux. »* écrit Tanja. « Le crowdfunding n’est pas le seul moyen pour faire du journalisme, c’est une option», ajoute-t-elle. Une option qui suit l’évolution de journalisme traditionnel. « Les grands médias engagent de moins en moins de journalistes, et les journalistes travaillent de plus en plus en tant que freelancers ou “journalpreneurs“, une combinaison de “ journaliste“ et “entrepreneur“. Il leur faut aussi de nouveaux moyens pour financer leur travail ». Ce qui veut dire que les reportages financés par le crowdfunding peuvent être rachetés par les médias traditionnels. Ce fut le cas pour un sujet sur la pollution de l’océan Pacifique financé sur Spot.us et publié par le New York Times en novembre 2009 – dans ce cas où le sujet est vendu à un média, les internautes de Spot.us sont remboursés. Des médias français se sont d’ailleurs montrés intéressés par le projet d’Emmanuel Razavi et Alain Buu « Mais nous pensons aussi le diffuser gratuitement car nous ne voulons pas le sous vendre parce que d’autres l’ont financé. »

De même, le crowdfunding n’est pas non plus capable de financer toutes sortes de sujets. Si l’on suit la logique, ceux qui n’auront pas reçu assez de soutien de la part du public passent à la trappe. « Le crowdfunding marche pour un certain type de journalisme, celui qui touche à l’investigation ou au civisme » explique Tanja. « L’un des problème du crowdfunding, ajoute Jean-Marie Charon, est qu’il ne puisse pas financer des projets capables de fédérer une attente du public. Certains domaines seront très couverts, d’autres resteront à l’aveugle. Or la particularité du journaliste est d’aller à contre-courant».

Malgré ces défauts, le crowdfunding s’impose et les journalistes ne peuvent l’ignorer. « Il va devenir de plus en plus important pour financer les reportages » selon Tanja Aitamurto. « Les anciens modèles ne fonctionnent plus, c’est très important d’en expérimenter d’autres. C’est la seule façon de savoir ce qui marche vraiment ». Il en reviendrait presque de la responsabilité du journaliste. « On aime notre métier, il faut le préserver compte tenu de la crise économique » explique Emmanuel Razavi. « On a le sentiment qu’il y en a beaucoup qui commence à construire un nouveau modèle économique, on veut en faire partie ».

Beaucoup de donateurs aux tous débuts de Spot.us étaient des journalistes, des personnes étudiant le journalisme ou des nouveaux entrepreneurs. Le reportage d’Emmanuel Razavi et Alain Buu a quant à lui été financé à hauteur de 30% par des journalistes. Au public maintenant de s’engager pleinement dans l’aventure.

Elodie Corvée

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Metz entre dans une autre dimension

A lire sur sur Mouvement.net http://www.mouvement.net/critiques-b294ff89cb136696-metz-entre-dans-une-autre-dimension

Cette saison, Metz devient la ville de l’égarement. A quelques centaines de mètres de distance, deux expositions se confrontent et se répondent : Le Moins du Monde au Frac Lorraine et Erre, variations labyrinthiques au Centre Pompidou. Leur but commun : nous faire perdre la tête pour pénétrer dans un monde de perceptions parfois invisibles, parfois troubles, très souvent incontrôlables.

Le Moins du Monde
Au Frac Lorraine, le ton est donné. L’architecture épurée du lieu entre en parfaite harmonie avec les œuvres des artistes rassemblées dans l’exposition intitulée Le Moins du Monde. Titre évocateur, pour une exposition tout en simplicité d’apparence, mais véhiculant des expériences complexes. Dessins, vidéos, sons composent le parcours au sein du Frac ; des œuvres discrètes mais dotées d’un fort pouvoir à la fois physique et psychique. L’exposition s’inspire de la philosophie et du mode de vie de Roger Munier, écrivain, philosophe et traducteur d’Heidegger, et emprunte son titre à l’un de ses ouvrages. Roger Munier a choisi de mener une vie à l’écart, en plein cœur des Vosges, non pas pour se couper du monde, mais au contraire pour mieux être dans le mondeTel cet amoureux des textes touchant à la mystique religieuse – il a publié de nombreux ouvrages sur l’hindouisme, le taoïsme, l’Islam et les théologies occidentales – Le Moins du Monde du Frac nous propose une distanciation, un isolement de tous ces parasites qui nous empêchent d’amorcer une réflexion sur nous-mêmes. Recherches scientifiques à l’appui : la plasticité de notre cerveau nous permet de ré-organiser nos neurones en fonction des expériences vécues par notre organisme. Ainsi, une pratique régulière de la méditation pendant deux mois permettrait de développer des capacités sensorielles et conceptuelles plus développées.

Tout commence par une immersion en compagnie de Marina Abramovic. Lové dans un gigantesque pouf blanc, tel un cumulus sur le point d’éclater son surplus d’eau, nos yeux fixent l’écran sur lequel est projeté Stromboli, une vidéo d’une vingtaine de minutes réalisée en 2002 sur une plage d’Italie. On y voit le visage de l’artiste, allongée sur le sable, au bord du rivage, en « immersion perceptive ». Le plan fixe de la caméra nous permet de suivre les moindres détails de sa quête sensorielle et spirituelle à travers son expérience mentale du déchirement des entrailles terrestres. Les artistes exposés invitent ainsi les visiteurs à entrer en méditation et amorcer un changement dans leur façon de ressentir, d’être. Yazid Oulad nous fait prendre de la hauteur dans une quête d’apprentissage, Graigie Horsfield invente un nouveau langage graphique pour œuvres sonores, Tania Mouraud imagine des « chambres de méditation » entièrement dédiées à l’exploration de nos facultés perceptives, et Susanne Fritscher nous en fait faire l’expérience avec Sprekten, clou de l’exposition, dans l’immense salle du 2e étage où de la lumière blanche mouvante se fond sur des murs tout aussi blancs, dans un jeu de dissolutions et de réapparitions.

La musique, qui a toujours joué un rôle fondamental dans les pratiques méditatives, est très présente tout au long de l’exposition, avec une programmation sonore diffusée en permanence. On peut y entendre les musiques de Charles Cutis, Jean-Claude Eloy, Morton Feldman, Henry Flynt, Catherine Christer Hennix ou encore Eliane Radigue. Autant de compositeurs qui explorent l’influence que peut avoir la musicalité sur notre système nerveux et notre corps.

Erre, variations labyrinthiques
Partenaire du Moins du MondeErre, variations labyrinthiques au Centre Pompidou-Metz, s’attache tout autant à nous faire perdre nos repères. Plus foisonnante – déployée sur plus de 2000 mètres carrés –, elle consacre la forme du labyrinthe pour explorer les questions de l’errance, de la perte, de la déambulation et de leurs représentations dans l’art contemporain. Sous la figure tutélaire de Marcel Duchamp qui ouvre l’exposition et la clôt avec l’hommage rendu par Richard Hamilton au Grand Verre, Erre se divise en huit thèmes, huit chapitres qui tentent d’aborder cette structure complexe et ses significations de la façon la plus exhaustive possible. On passe de la matérialité de l’architecture aux notions abstraites de l’espace et du temps, sans oublier de faire le parallèle avec la structure de notre cerveau et l’élaboration de nos modes de pensées.

Parmi les dizaines d’artistes exposés, on se souvient tout particulièrement de Yona Friedman et sa ville spatiale au cœur des principes de l’architecture mobile, de Frederick Kiesler et sa Endless Housequi bannit l’angle droit, de Thomas Hirschorn et ses Maps qui traduisent les mécanismes de pensée de Foucault, Hannah Arendt et Spinoza, ou encore de Julio le Parc et Gianni Colombo qui nous font entrer dans d’autres dimensions, à l’intérieur d’espaces au sein même du musée, en retrait, fragmentés par des jeux ou des faisceaux de lumière.

Si chaque œuvre se rattache d’une façon ou d’une autre à la notion de labyrinthe et de sa complexité inhérente, elles véhiculent toutes néanmoins des sens différents et amènent le visiteur à penser au-delà. Au-delà des limites mêmes que peuvent engendrer les labyrinthes les plus complexes. « L’art comme labyrinthe », tel est d’ailleurs le titre du dernier et huitième chapitre qui résume à lui tout seul l’exposition. Plus qu’un concept, le labyrinthe est à la fois producteur et paradigme d’art. Depuis le mouvement avant-gardiste, l’œuvre d’art se fait multiple, ou, en d’autres termes, « labyrinthique ». Erre n’est donc pas seulement une exposition sur le thème multiforme du labyrinthe, mais aussi une réflexion sur l’art en lui-même.

Elodie Corvée

Le TNP se donne une nouvelle jeunesse

Après près d’un siècle d’existence, le Théâtre national populaire fait peau neuve. 15 000 m² pour poursuivre son action en faveur du théâtre et des publics.

11 novembre, date doublement symbolique pour le Théâtre national populaire. Fondé un 11 novembre 1920 par Firmin Gémier pour offrir un théâtre de qualité au plus grand nombre, il inaugurera ses nouveaux locaux le 11 novembre prochain. Après des années ponctuées par des déménagements entre Paris, Suresnes puis finalement Villeurbanne, le TNP semble bel et bien ancré en région lyonnaise. L’ancien théâtre de la cité de Villeurbanne, devenu lieu de résidence du TNP en 1972, fait aujourd’hui sa mue : de 7000 mètres carrés, il est passé à 15 000, pouvant accueillir les infrastructures nécessaires au développement d’un théâtre d’envergure nationale. Tel était le désir de son directeur, Christian Schiaretti, qui a pris les rênes du TNP en même temps qu’il posait les premiers jalons de son renouveau architectural.

Face à la mairie de Villeurbanne, l’esthétique du nouveau TNP se veut un pont entre le passé et le présent, entre le prestige de son art et la simplicité de son emplacement. En rappelant la silhouette de son ancienne demeure, le théâtre de Chaillot, le TNP a aussi voulu respecter la réalité communale et ouvrière dans lequel il est implanté. Matériaux bruts, design clair et aéré signé Christophe Pillet fondent désormais son identité physique.

Entièrement réaménagé, doté de quatre salles de répétitions pouvant accueillir des spectateurs, le nouvel écrin du TNP est devenu un véritable outil au service du théâtre et de la création théâtrale, intégrant une logistique propre au travail des acteurs. Un atelier pour la confection de costumes est même venu compléter les plans de l’architecte pour que la troupe du TNP dispose de ce que Christian Schiaretti appelle « la mémoire du théâtre ». L’autre « mémoire » du TNP, son histoire, imprégnera les murs de sa nouvelle architecture. Chaque pièce portera le nom d’un de ces personnages qui ont fait son identité : Roger Planchon, Firmin Gémin, Jean Vilar, Georges Wilson, Laurent Terzieff… Tous se retrouveront par ailleurs dans l’exposition permanente retraçant le parcours historique et géographique du théâtre – plus de 200 panneaux disséminés dans les couloirs et espaces d’accueil et alimentés au fil des ans.

Le TNP se fera l’hôte d’une autre exposition, temporaire, pour raconter l’histoire du théâtre en général à travers l’immense collection de masques du sculpteur Erhard Stiefel. Lui-même confectionneur de masques pour les plus grands metteurs en scènes, le Maître d’Art (distinction qu’il reçut en 2000 de la part du ministère de la Culture) dévoilera plus de quatre-vingt de ses pièces, inspirées ou provenant directement des différentes civilisations à travers les continents: italiennes, indonésiennes, indiennes, thaïlandaises, chinoises, et surtout japonaises, grâce à son séjour au sein du cercle confidentiel des membres du théâtre Nô.

Simultanément à l’inauguration de la collection de masques d’Erhard Stiefel, débutera la nouvelle saison du TNP. Une saison qui accueille des talents déjà confirmés et consacrés – Patrice Chéreau, Olivier Py, Joël Pommerat… – et divisée entre théâtre classique et théâtre moderne, entre reprise et création. Son directeur s’en offre la primeur avec une mise en scène de Ruy Blas« la plus belle pièce de Victor Hugo », interprétée par la troupe du TNP. Une drôle de façon d’inaugurer un lieu dédié au théâtre, « rien qu’au théâtre », Hugo étant davantage reconnu en tant écrivain que dramaturge. Mais Christian Schiaretti explique son choix par l’enthousiasme que portait l’homme de lettres à la scène. Dans sa préface à une autre de ses pièces, Marion Delorme, il associe les termes de « théâtre », « national » et « populaire », dessinant ainsi, un siècle et demi plus tôt, le credo du TNP : « Créer tout un théâtre, un théâtre vaste et simple, un et varié, national par l’histoire, populaire par la vérité. »

Elodie Corvée, sur Mouvement.net http://www.mouvement.net/levrac-220241-le-tnp-fait-peau-neuve

Journées inaugurales du Théâtre National Populaire, 11, 12 et 13 novembre, Villeurbanne.
Exposition « masqué », collection de masques d’Erhard Stiefel, du 12 novembre au 23 décembre, au TNP de Villeurbanne.
Ruy Blas, de Victor Hugo, mis en scène par Christian Schiaretti, du 12 novembre au 11 décembre, au TNP de Villeurbanne.